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Publié le 7 janvier 2019 à 18h00

Ses textes feront-il de lui le Oxmo Puccino de Montréal ?

« Le rap d’aujourd’hui n’est pas lyricale. » Vous entendez ce commentaire suffisamment pour que cela devienne une sorte de débat sans fin entre l’ancienne et la nouvelle génération. Nous sommes en 2019 et et c’est comme si l’image d’un rappeur a pris le dessus sur sa musique. Comme si le contenant avait désormais plus de valeur que le contenu. 

 

Au fur et à mesure que l’audience hip-hop s’est élargie, les règles de ce qui rend un rappeur « lyricale » se sont également élargies. Un fan de 18 ans qui écoute du street rap pourrait avoir une définition différente du mot lyricale qu’un fan dans le trentaine qui a connu les Tupac, Biggie, Jay-Z, Nas, Eminem, Raekwon, Mos Def ou Talib Kwali.

 

De nos jours, définir qu’un rappeur est lyrical peut ressembler pour certains à un problème de math. Mais le terme est toujours utile car il distingue plus généralement le hip-hop de la musique pop. Cela ne veut pas dire que les artistes de rap qui subvertissent cette tradition sont moins hip-hop ou ne font pas de la bonne musique. En fait, c’est leur relation avec le mot « lyricale » qui en fait un sujet de discussion qui mérite même d’être discuté.

 

Habituellement, les rappeurs qui ont des paroles riches en vocabulaire écrivent des textes qui vous tiennent à la portée de tous les mots, punchlines, jeux de mots et narrations. 

 

 

« Le hip hop est une culture et une culture ça se respecte », nous a confié El Padrino dans une entrevue exclusive accordée au mois de novembre 2018. 

Jerome Cerezo alias El Padrino est un rappeur d’origine hispanique né au Canada et qui fait du rap depuis une quinzaine d’années. 

« J’ai vu le jour à Montréal, très jeune j’ai connu la France, on a déménagé au sud à Toulouse. C’est là que j’ai commencé à faire du rap, à l’âge de quinze ans. Ça va bientôt faire quinze ans que je fais du rap! »

 

 

Compact avec des syllabes et des motifs de rimes parfois simples, les paroles de El Padrino ont une qualité particulièrement évocatrice en raison de leur imagerie poétique: 

« Paraît que la vie est un film pourtant j’ai pas fait d’audition / seulement subit ses conditions / aujourd’hui je tente d’améliorer la présentation de mon émission / peu importe l’édition ce qui compte c’est l’action/ je me dois d’être un guerrier vu que la vie est une baston »

Les textes de Padrino sont un collage de significations implicites et à la fois explicites…

« Toujours les mêmes qui friment en BM / nous c’est l’Éden qu’on verra en réel / ce sale système nous malmène / pour satisfaire sa majesté la chienne »

 

 

LE OXMO PUCCINO DE MONTRÉAL 

 

Tout comme le légendaire Oxmo Puccino, les punchlines de Padrino sont très directs mais jamais insipides; sa confiance en son art signifie pour lui que la vérité se trouve entre chacune de ses lignes.

 

 

 

Certes, il n’a pas la carrière d’Oxmo. Il faudra lui donner le temps car comme le dit si bien le célèbre proverbe: « Rome ne s’est pas faite en 1 jour. » 

Ce qui signifie que c’est avec la persévérance que l’on réalise les plus grandes oeuvres. 

Mais ce qui rend son matériel musical honorable, c’est le fait qu’il ne se plie pas à la tendance musicale qu’on écoute de nos jours. Préférant rester fidèle à lui-même et aux sources fondamentales du rap. 

 

Padrino fait partie des nouveaux arrivants qui a encore beaucoup à montrer et il refuse de laisser son talent se perdre dans l’obscurité. 

« Ducon tu veux me voir mort mais n’y compte pas / je perds pas le nord avec ou sans compas / détrompe-toi / je reste fort jusque sous ma pierre tombale/ je tombe pas, je ne ment pas / et surtout je ne me rend pas / pour la descendance et les rents-pa »

 

 

 

 

 

 

 

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